Salvador Sánchez: "Frascuelo"
Maestro de la fin du 19° siècle,
rival de Rafael Molina Sánchez: "Lagartijo"
Photo extraite de: "L'heure de la corrida" . Claude Pelletier.
Editions Gallimard






Ce site n'a pas pour but de présenter une énième histoire de la tauromachie, d'autres, fort nombreux au
demeurant, l'ont fait bien avant moi et beaucoup mieux que je ne saurais le faire. Il n'a pas pour but non plus de
proposer un traité de tauromachie, exercice beaucoup trop périlleux auquel je ne me risquerai pas, seuls les
grands maîtres l'ont fait, certains avec brio et grand succès tels au 19° siècle Don José de la Tixeira, Don
Santos López Pelegrín
( Aben Amar) ou, un peu plus près de nous Guerrita, Gregorio Corrochano
(¿Qué es torear ?) et quelques autres dont j'oublie sûrement les noms.
Non ! ce site n'a qu'un but : faire part aux éventuels visiteurs de mes états d'âme !
¡Mecachis ! direz-vous, encore un aigri ! Aigri, oui, sans aucun doute par le spectacle pitoyable que donne la
tauromachie depuis trois, voire quatre décennies( peut-être même plus !).
¡ Así que no andaré con rodeos !
La tauromachie, au sens noble du terme, est morte avec la guerre civile espagnole ! Je sais que je ne
vais sûrement pas me faire que des amis en écrivant cela, c'est pourtant tristement vrai ; je m'efforcerai de le
démontrer textes et citations d'auteurs ou de journalistes célèbres à l'appui, tout au long de cette présentation.

N'allez pas croire pour autant que la tauromachie ne m'intéresse plus, bien au contraire, son histoire me
passionne depuis des lustres. Mais ce qui se passe aujourd'hui dans les arènes d'Espagne, du Mexique, de
France ou de Navarre, sinistres pantalonnades, me donne envie de hurler : Joselito, réveille-toi ! ils sont
devenus fous !

C'est un petit garçon de sept ans qui en 1957 a assisté pour la première fois de sa vie à un spectacle taurin.
Lors d'un séjour à Saragosse chez de merveilleux amis aragonais connus par hasard un an plus tôt dans les
jardins de Montjuich à Barcelone, Lili ( de son vrai nom Aracelli ), mon amie Lili, pendant que ma mère
accompagnait Mari Nieves a los columpios du Parque General Primo de Rivera, me conduisit aux arènes
où j'assistai à ma première novillada. De ce qui se passa cet après midi là dans le ruedo, je ne garde qu'un
souvenir un peu confus, mis à part la voltereta dont fut victime un des novilleros. Non, ce qui me revient
aujourd'hui à l'esprit, c'est ce qui se passait dans les gradins. C'est cela qui impressionna le plus l'enfant que
j'étais.
Les femmes portaient encore peinetas et mantilles, agitaient et faisaient claquer leurs abanicos .Les hommes
aux cheveux « gominés » fumaient d'énormes puros tout en parlant très fort, ne se privant pas d'insulter
copieusement les maladroits qui officiaient sur la piste. Ces cris, cette rumeur, l'odeur puissante qui règne dans
une arène lorsqu'elle est pleine à craquer, cela je ne devais jamais l'oublier.
1958, feria de Santiago à Valence. Cette fois, mes parents sont à mes côtés ; même ambiance, même
chaleur qu'à Saragosse au propre comme au figuré. Dans le redondel deux vedettes au moins de la
tauromachie d'alors : Julio Aparicio, Miguel Baez « Litri » et un troisième qui sombra très vite dans
l'oubli, Paquito Mendez. Ce qui frappa ce jour là mon esprit d'enfant – jamais je n'ai ressenti même à cet âge
là, le moindre sentiment de peur ou d'appréhension dans une arène- c'était non pas les vedettes du moment,
mais le trapío des animaux : lamentable ! A huit ans, je me rendais déjà compte du peu de risques pris face à
des animaux qui manifestement n'avait ni le poids ni surtout l'âge requis par le règlement. Déception !
1959: feria de Santiago toujours,  les « stars », Luis Miguel, Ordóñez et Gregorio Sánchez. Même
sensation de malaise : ces gars là toréaient des vaches ! Luis Miguel arrogant, Ordóñez truqueur au possible
au moment de porter le coup d'épée, seul Sánchez retint mon attention ( Je le revis 11 années plus tard tout à
son avantage, lors de la San Isidro 1970, mais avec des novillos en guise de toros...).
Et pourtant ce spectacle m'a tout de suite passionné ; tout comme j'en ai pressenti immédiatement les
errements. Les années ont passé, et aujourd'hui le désastre est total.

Un deuxième « personnage » devait influencer à jamais ma vie d'aficionado : Don Eloy ! Début mars 1968.
Il y a maintenant 5 mois que j'ai intégré les classes supérieures du lycée français de Madrid pour y préparer
mes deux premières années de licence d'espagnol. Premier dimanche de mars donc, première novillada dans
les vieilles et très laides arènes de Vista Alegre, arènes aujourd'hui détruites et reconstruites (couvertes s'il
vous plaît !). Il n'est pas loin de 16 h et un vieux monsieur – en fait il n'a que soixante huit ans- la boina rivée
sur la tête, vient s'asseoir à côté de moi. Le président sort son mouchoir blanc, les trompettes sonnent et la
puerta de cuadrillas s'ouvre sur de très jeunes novilleros – dont le Français Robert Piles- qui en sont à leur
première novillada piquée. Sort le premier novillo. A peine quelques minutes se sont-elles écoulées que mon
voisin de grada se met à parler seul – pas pour longtemps ! - : « ¡Qué desastre de lidia ! ¡Ya no se puede
venir a los toros ! ». et m'ayant asséné un coup de coude dans les côtes il s'adresse à moi : « ¿Verdad que sí
hijo ? ». Je viens de faire, pour mon plus grand bonheur, la connaissance de Don Eloy, aficionado de la
vieille époque, que je ne vais plus quitter pendant deux ans, et qui fera rapidement mon éducation taurine.
Don Eloy est guichetier à la estación del Norte et ne rêve que d'une chose terminer sa carrière à Séville
dont il est originaire. Mais pour cela, il lui faut satisfaire à un examen d'anglais ou de français, langues dont il ne
connaît pas un traître mot, ce qui bien entendu lui ôte tout espoir.
La novillada terminée ( nous n'avons pas
cessé de bavarder pendant tout le spectacle), nous voilà devant le comptoir d'un bar populaire de Carabanchel
à siroter une
Mahu à la pression tout en discutant de la novillada « y de ese mundo que no fue lo que
pudo haber sido » . C'est ce soir là que j'entendrai parler pour la première fois de ma vie de Domingo
Ortega
, et que j'apprendrai aussi que lorsqu'un Espagnol vous invite à boire un verre, il est de très mauvais
goût d'avoir la prétention de payer la tournée ! Nous nous retrouvâmes tous les dimanches à
Vista Alegre,
plus tard à
las Ventas. Don Eloy, veuf et sûrement un peu seul, avait décidé de faire mon éducation taurine,
ayant tout de suite compris que la tauromachie me passionnait, trop heureux de faire partager au jeune
franchute
la passion de sa vie. Et il en savait des choses Don Eloy ! Incollable ! Mandar, templar, cargar
la suerte ! combien de fois ai-je entendu ces expressions dans sa bouche. Il en vint, parfois à me demander
mon avis sur tel ou tel point précis de la lidia
, me mettant manifestement à l'épreuve après les leçons
dispensées. Il était intarissable, si bon, si généreux, je le voyais vieux avec mes yeux d'adolescent attardé et
pourtant il n'avait à l'époque que soixante huit ans. Son seul regret, n'avoir jamais pu voir ni Joselito ni
Belmonte : « j'avais 16 ou 17 ans lorsqu'ils étaient au sommet de leur gloire, et pas un sou en poche, alors tu
penses ! ».Cette année là, pendant la San Isidro
, nous assistâmes médusés, au scandale provoqué par
Miguelín,
qui, en costume de ville, sauta dans le ruedo comme espontáneo pour aller caresser le front du
taureau "combattu"par El Cordobés, montrant ainsi le peu de risque pris par l'idole des foules des années
soixante. Nous assistâmes aussi, un peu plus tard dans le mois de mai au plus grand désastre que Currro
Romero
connut dans sa carrière. A son deuxième taureau – ce qu'il fit avec le premier n'avait déjà pas été bien
fameux – après avoir mis l'eau à la bouche des
aficionados de las Ventas en recevant l'animal d'une série de
merveilleuses véroniques, commença de façon tout à fait incompréhensible (
Don Eloy m'expliqua que cela lui
arrivait fréquemment )
« la danza del miedo ». Don Eloy, dont le langage était parfois très « fleuri », laissa
tomber un terrible et définitif : « 
¡Ya tiene el pantalón manchao ! ¡de mierda ! » Pouvez-vous imaginer
vingt quatre mille
aficionados debouts hurlant à l'unisson: « ¡Sin verguenza ! ¡Sin verguenza ! ». Les
aficionados, les vrais, sont impitoyables et le public madrilène le plus difficile au monde à satisfaire, se
comportant parfois de façon très injuste avec certains
toreros, tel Domingo Ortega lors de sa corrida de
présentation en 1931 (dixit
Don Eloy). Mais la tauromachie, c'est cela aussi : un spectacle à nul autre pareil.


Lorsque j'ai quitté Madrid pour terminer mes études en France, Don Eloy et moi avons échangé nos adresses
respectives. Nous avons correspondu quelques années y compris après qu'il eût pris sa retraite ( à 73 ans !) et
qu'il soit retourné vivre chez sa fille aînée à Séville. Malgré de nombreux voyages en Espagne dans les années
qui suivirent mon départ de Madrid, je n'ai jamais eu l'occasion de le revoir. Et puis en 1978 ma dernière lettre
est restée sans réponse…Cher Don Eloy, il me suffit aujourd'hui de fermer les yeux pour revoir les siens, son
visage rieur d'Andalou, sa sempiterna boina. «¡ Que descanses en paz y en la gloria ! ».Tant que des
hommes, des aficionados de sa "trempe" ne seront pas revenus aux arènes, tant que le taureau, le vrai, ne
sera pas de retour dans le ruedo, il n'y aura que peu d'espoir...

¡Pero volvamos a lo que íbamos ! Voici, ci-dessous, paru le 26 juillet 1986, dans El País, et sous la plume
vitriolée de
Joaquín Vidal, un article qui devrait sinon convaincre, du moins faire réfléchir les admirateurs des
peleles
d'aujourd'hui. J'en donne tout de suite après une traduction pour les hispanisants un peu hésitants.
L'article original étant très jaune et très abîmé, il ne m'a pas été possible de le scanner de façon satisfaisante et
surtout lisible. Aussi, ce que vous allez lire a été fidèlement recopié puis traduit.

FERIA DE VALENCIA


AL CORRO LA PATATA *



Nuñez/González, Manzanares, Soro
Cuatro toros de Marcos Núñez, terciaditos, gorditos y borreguitos.
La corrida se suspendió después del 4°, a causa de la lluvia.
Dámaso González : media estocada tendida (oreja) ; estocada corta
Tendida (oreja). Manzanares : estocada caida (ovación). El Soro :
Pinchazo y estocada trasera (petición y vuelta).
Plaza de Valencia, 25 de julio 1986. Tercera corrida de feria.

Joaquín Vidal, Valencia
ENVIADO ESPECIAL

Con esos toritos, terciaditos, gorditos y aborregaditos que les echaron, los toreros salieron a jugar. Llamaban al
torito, terciadito, gordito y aborregadito, le preguntaban ¿T'ajuntas ?? El torito mugía ¡Ti ! y se ponían a jugar
al corro la patata.
Los Valencianos esperaban una corrida amable, sin acritudes, facilona para los toreros, pues son de la casa, y
se las prometían felices. Se habían llevado la merienda y todo. Los apoderados de los toreros Manzanares y el
Soro, son los hermanos Lozano.
Todo el mundo sabe que cuando los hermanos Lozano tienen torero en el cartel, convierten los chiqueros en
una juguetería, y que si la juguetería está en la propia plaza de la que son empresarios – como era el caso –
hasta la pueden convertir en una cacharrería.
Todo el mundo sabe, también, que si además el torero del cartel es Manzanares, los juguetes y los cacharros se
los tienene que poner entre algodones. De manera que si por los chiqueros aparecían toritos de peluche, nadie
podía llamarse a engaño. La aficón, público en general y militares sin graduación conocen perfectamente estas
claves.
Claro que si los hermanos Lozano preparan estos juguetes para Manzanares, de alguna forma se benefician los
compañeros del muchacho. Dámaso González que es listo como una ardilla, aprovechó los juguetes del
amiguito, y se puso a jugar con verdadera delectación. Cantaba ¡Pase misí, pase misá… ! y los toritos gorditos
y borreguitos pasaban misí, misá, por donde querían que pasaran.
A veces este pasar se hacía dificilísimo, pues Dámaso González es caprichoso y les exige a los juguetes
rendimientos excesivamente complicados para su fragilidad. Cómo conseguía obtenerlos, sin que se rompiera el
juguete, es un secreto de su habilidad muletera, que guarda celosamente, igual que ciertos frailes la composición
de sus vinos espirituosos.
Al cuarto borreguito gordito –coloradete, salpicado y motilón – le hizo de todo, excepto violarlo. Al cuarto
borreguito gordito, que solo quería morirse – el pobre- le pegó circulares ; altos, bajos, medianos ; de pie y de
rodillas. En ocasión de que el cuello de la camisa se le en caramaba por la nuca y el nudo de la pañoleta se le
había colocado bajo la oreja, tiró lejos los trastos, se puso de rodillas, los volvió a recoger sin levantarse,
amplió el repertorio.
A Manzanares no le hacía demasiado feliz que le cogieran los juguetes, y menos feliz le hacía el abuso. Además
su juego era otro. Cantaba El nombre de María, que cinco letras tiene…Y a su ritmo giraba al corro la
patata . Ahora bien, para esta función pegaba carreritas frenéticas. Un pase, una carrerita ; otro pase, otra
carrerita. Innecesario ejercicio, pero ya se sabe que lo de este torero, cuando hace al corro la patata, es correr.
Con los juguetitos puestos allí por los hermanos Lozano, El Soro vibraba, y hacía vibrar. Cuando cogió los
palos, pulsó los resortes de la valencianía y la plaza se hizo un clamor. Llovía. Hasta entonces, los tendidos
habían sido un trajín. Caía el aguacero, y la gente se avalanzaba hacia las puertas ; escampaba un poco, y volvía
presurosa. Sin embargo, en ocasión del tercio de banderillas, aunque ya entonces los goterones de lluvia eran
como txapelas, aguantó firme y aclamó dos cuarteos vulgares, igual que un buen par de dentro a fuera.
El Soro cantaba Chocolate molinillo, corre, corre que te pillo, sin que el gordito borreguito se diera por
aludido, y era El Soro quien tenía que correr, acelerando le corro la patata en vertiginosa circularidad. Atacado
de inspiración, el ídolo de Foios entonaba nuevas canciones. Se le occurió aquella de ¡que llueva, que
llueva !
, la musiquita se le pegó a Dámaso González, que jugaba después, y en buena hora lo fueron a decir.
Porque sesgó la negrura de un relámpago, restalló el trueno, y cayó una granizada morrocotuda, vertical,
furiosa, que inundó el ruedo y lo puso todo perdido de fango.
Los toreritos protestaron y se negaron a seguir jugando en aquellas condiciones. Los hermanos Lozano
guardarón bajo llave los juguetes que quedaban. El presidente, que estaba muy divertido, decretó la suspensión,
y la gente tiró almohadillas, pues bien se creyó con derecho a divertirse, y se divertía así. Los transeuntes de la
calle Xativa miraban con envidia el tropel de aficionados que abandonaba el coso. Creían que salían de los
toros. Si ellos supieran de donde salían…

Al corro la patata!, c'est ce que chantaient autrefois les petites filles lorsqu'elles faisaient la ronde.

Rondin, picotin...


Avec ces petits taureaux, terciaditos *, grassouillets et doux comme des moutons qu'on leur a lâchés, les toreros sont
venus jouer. Ils appelaient le petit taureau, terciadito, grassouillet et doux comme un mouton, lui demandait "t'arrive ?",
et le petit taureau mugissait: "Vi, z'arrive" et ils jouaient à rondin picotin.
Les Valenciens espéraient une corrida gentille, sans aigreur, facilette pour les toreros puisqu'ils sont du coin, et ils s'en
promettaient de belles. Ils avaient même apporté le goûter et tout et tout. Les impresario des toreros Manzanares et El
Soro
sont les frères Lozano.
Tout le monde sait que quand les frères Lozano ont un torero à l'affiche, ils transforment le toril en un magasin de jouets
et que si le magasin de jouets se trouve être dans les arènes dont ils sont les directeurs - comme c'était le cas - ils
peuvent même le transformer en une bimbeloterie.
Tout le monde sait en plus que si le torero à l'affiche est Manzanares, les jouets et les bibelots doivent lui être
présentés dans du coton. De sorte que si du toril sortaient des taureaux en peluche personne ne pourrait crier à la
tromperie. L'afición, le public en général et les militaires du rang connaissent parfaitement les clés du problème.
Il est évident que si les frères Lozano préparent ces jouets pour Manzanares, les camarades du garçon en profitent
d'une façon ou d'une autre. Dámaso González, qui est malin comme un singe, mit à profit les jouets de son petit copain
et se mit à jouer avec délectation. Il chantait :
« Passez pompons les carillons... ! » Et les petits taureaux grassouillets et doux comme des moutons passaient pompon,
passaient les carillons, par où on voulait qu'ils passent.
Quelques fois ce passage devenait très difficile, car Dámaso González est capricieux et exige des jouets un rendement
extrêmement compliqué pour leur fragilité. Comment y arrivait-il sans que le jouet se casse, c'est un secret de son
habileté de muletero qu'il conserve jalousement tels certains moines la composition de leurs vins spiritueux.
Au 4° mouton grassouillet - rougeaud, moucheté et tondu- il fit de tout sauf le violer. Au 4° mouton grassouillet qui ne
demandait qu'à mourir - le pauvre - il infligea des passes circulaires, par le haut, par le bas, à mi hauteur, debout et à
genoux. A un moment où le col de la chemise lui remontait jusqu'à la nuque et le nœud de la cravate sous l'oreille, il jeta
au loin les trastos, se mit à genoux, les reprit sans se relever, élargissant le répertoire.
Manzanares n'était pas très content qu'on lui prenne ses jouets et encore moins qu'on en abuse. De plus son jeu était
tout autre. Il chantait : « Ah! Vous dirai-je maman... » et, à son rythme faisait
rondin picotin. Or, pour cela il
entreprenait de petites courses frénétiques. Une passe, une petite course, une autre passe, une autre petite course.
Inutile exercice, mais on sait déjà que courir est la caractéristique de ce torero quand il fait
rondin picotin.
Avec les jouets mis à sa disposition par les frères Lozano, El Soro vibrait et faisait vibrer. Quand il prit les banderilles, il
toucha le point sensible des Valenciens et l'arène ne fut plus qu'une clameur. Jusqu'alors les gradins n'avaient été qu'un
va et vient. Il tombait une averse et les gens se dirigeaient vers les portes ; il s'arrêtait un peu de pleuvoir, et ils revenaient
précipitamment. Cependant, à l'occasion d'un tercio de banderilles, bien que les gouttes de pluie fussent alors grosses
comme des billes, ils ne bronchèrent pas et acclamèrent deux paires vulgaires au cuarteo ainsi qu'une bonne paire de
dentro a fuera.
El Soro chantait : « Il court il court le furet... » sans que le grassouillet petit mouton se sente concerné, et c'est El Soro
qui devait courir, accélérant le rondin picotin en un cercle vertigineux. Pris d'inspiration il entonna de nouvelles
chansons. Il lui vint à l'esprit : «  Il pleut, il pleut bergère... » C'est à
Dámaso González, qui jouait après qu'échut la
musiquette, et l'affaire fut réglée en moins de deux. Un éclair zébra la noirceur du ciel, le tonnerre retentit et il tomba une
averse de grêle carabinée, verticale, furieuse qui inonda la piste et la transforma en bourbier.
Les petits toreros protestèrent et refusèrent de continuer à jouer dans ces conditions. Les frères Lozano gardèrent sous
clef les jouets restants. Le président qui s'était bien amusé décréta l'interruption, et le public jeta des coussins sur la
piste, car il se croyait autorisé à s'amuser lui aussi et il s'amusa ainsi.
Les passants de la rue de Játiva regardaient avec envie la foule des aficionados qui quittait l'arène. Ils croyaient qu'ils
sortaient de la corrida. S'ils avaient su d'où ils sortaient.....

*terciado, fait parti de ces innombrables mots utilisés dans le mundillo, mots très souvent intraduisibles et appartenant
à un vocabulaire tout à fait particulier, qui se voulant universel est en fait particulièrement réducteur.
Terciado signifie
grosso modo: animal de petite taille à la croissance des cornes inachevée, donc n'ayant pas l'âge requis en un mot un
novillo, voire un becerro!
Vous l'avez compris, il ne s'agit ci-dessous, ni de Manzanares, ni del Soro, encore moins de Dámaso González,
mais bien du merveilleux Joselito qui lui, ne jouait pas "al corro la patata", l'animal d' impressionnante
arboladura n'incitait sûrement pas à de pareilles pantalonades. De plus, à cette époque là, 1916, 1917
probablement, les taureaux avaient CINQ ans révolus; pas trois ans et cent kilos de graisse comme aujourd'hui.
Joselito regarde mourir le taureau après une estocade "en el hoyo de las agujas"



Les photos constituent 30% de l'argumentation de mon site, patientez en lisant les
textes pendant qu'elles
apparaissent, merci.