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L'ouverture du toril
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Le pittoresque et brillant prologue de la corrida est terminé. La trompette résonne.
Le torilero scrute le ruedo pour vérifier qu'il n'y a plus personne. Là bas, par l'étroite
ouverture des burladeros, on ne distingue que la silhouette des toreros qui, la cape
sur le bras, attendent la sortie du taureau. On ouvre le toril. C'est un des moments où
silencieusement résonnent d'autres trompettes, celles de l'émotion. Le taureau va en
finir avec sa captivité. Le taureau, c'est le mystère. On suppose que c'est un animal
féroce. On suppose qu'à l'intérieur de cette férocité se mêlent la bravoure, signe de
courage et de vaillance, et la noblesse. Le taureau attaque pour des raisons qui sont le
fond de son mystère, mais il attaque avec noblesse. Celui qui le fait avec ruse, c'est le
manso, qui au lieu d'attaquer se défend comme il peut, attaquant si c'est nécessaire,
mais de façon trompeuse et traître, malhonnête. On ouvre le toril. Le taureau va sortir.
Sera-t-il "brave" ? Manso ? Très peu de taureaux sont totalement "braves". Très peu
sont totalement mansos. Le plus souvent c'est le mystère, toujours impénétrable que
celui du taureau qui tantôt se comporte en manso tantôt en "brave". Et cela, loin d'être
un inconvénient pour son combat est un des attraits de l'art de toréer, qui se base -
mise à part l'évolution de la fiesta dont nous avons déjà parlé - sur la domination du
taureau par le torero, que le taureau soit " brave" ou pas. Pour l'harmonie de son
développement, tout art a besoin de l'intelligence humaine. Sans intelligence, il n'y pas
d'art possible. On sait bien que le niveau moyen de l'intelligence humaine est médiocre.
C'est pour cette raison qu'il y a si peu de grands artistes. Il ne faut pas croire que pour
être un grand torero le courage seul suffit. Un grand maestro de la tauromachie,
Domingo Ortega, a dit que la peur des toreros n'est rien d'autre que l'ignorance de ce
dont le taureau a besoin à chaque instant. C'est pour cela que le public s'étonne qu'un
torero puisse paraître courageux la cape à la main par exemple puis couard avec la
muleta. Ce n'est pas de la couardise c'est l'ignorance de ce dont le taureau a besoin,
et cette ignorance le fait douter, hésiter, le rend craintif, méfiant à cause de son
incapacité à comprendre ce qu'il doit faire pour dominer le taureau. Mais bien
évidemment quiconque se présente devant un taureau, bien ou mal, doit faire preuve
de courage. Le taureau est maintenant dans le ruedo. En général sa sortie est
impétueuse. Il court, avide de liberté, tel le prisonnier que l'on vient de relâcher.
Normalement le combat d'un taureau dure vingt minutes. Durant un laps de temps aussi
bref, le taureau change de comportement, parfois radicalement. Un taureau qui semble
"brave" lors de sa sortie finit manso ou vice versa. Aussi les prophètes qui tirent
joyeusement des plans sur la comète au sujet de son comportement se couvrent-ils
presque toujours de ridicule. Ce n'est pas un taureau qui sort, c'est un mystère.
Patience. Sérénité. Le mystère s'éclaircira peu à peu. Les toreros entrent en action.
Leur premier soin doit être de fixer l'animal, d'atténuer son affolement, de le préparer
pour les piques, pierre angulaire de la bravoure, car il peut arriver qu'un taureau
n'attaque pas franchement le cheval alors qu'il le fait avec le torero, mais alors ce n'est
pas un taureau "brave", c'est un taureau pastueño (qui attaque franchement mais sans
impétuosité).
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