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Le paseillo
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Les alguazils dégagent symboliquement le ruedo. Autrefois, dans les grandes arènes,
particulièrement à Madrid, les spectateurs étaient autorisés à pénétrer dans le ruedo,
dont ils faisaient le tour complet, s'arrêtant invariablement devant la porte du toril et
faisant toujours le même commentaire: " Tu t'imagines si un taureau sortait maintenant !
" Ça ne ratait pas. Il y en avait toujours un qui sursautait et se sauvait en courant.
D'autres faisaient le geste de toréer avec une cape imaginaire. D'autres encore,
sautaient maladroitement par dessus la barrière. La fanfare donnait un bref concert sur
la piste même. Il arrivait aussi fréquemment qu'un plaisantin reste délibérément seul
dans le ruedo, déambulant en se déhanchant et répondant aux cris du public par des
mimiques de torero qui salue la foule qui l'ovationne. Les alguazils, au pas lent de leurs
montures, arrivent à la porte des cuadrillas, encore fermée et qui s'ouvre alors
qu'apparaissent les premiers matadors, enveloppés dans leurs luxueuses capes de
paseo qui recouvrent la moitié gauche du torse, laissant libre le bras droit. La fanfare
entame un paso doble. La foule laisse éclater ses applaudissements. Les alguazils
ouvrent la marche. Le cortège des toreros s'avance. En tête les matadors, suivis des
banderilleros rangés sur trois files. Puis la troupe des picadors, cavaliers et leurs
canassons. Viennent ensuite les monosabios, les garçons d'arène et enfin les mules.
Cette procession de toreros envoûte le regard et ébranle agréablement l'esprit. J'ai dû
voir plus de mille paseillos au cours de mes soixante années d'aficionado. J'éprouve à
chaque fois le même plaisir que si c'était la première fois. Le paseillo est quelque
chose de parfait, une parfaite oeuvre d'art. Il n'y manque rien, rien n'y est de trop. La
richesse et la polychromie des habits de lumières, brillent et resplendissent au soleil qui
les enveloppe telle une accolade de bienvenue. La diversité et la combinaison de ses
coloris sont une réussite complète. Le cortège avance à pas mesurés, non pas
solennels ou affectés, mais gracieux, élégants. Les toreros font en sorte d'adopter une
démarche élégante, comme si chaque pas pouvait chasser la tension de leur esprit, la
tête haute, l'allure décidée, faisant balancer gracieusement leur bras droit, telle la rame
qui fait avancer la barque, comme s'ils voulaient laisser entrevoir leur gai toreo. Il est
évident que certains font le paseillo quelque peu troublés, non pas chancelants et
livides, mais l'air abattus. Quelques matadors avancent vite et quand ils arrivent à la
barrière s'arrêtent brusquement comme si surgissait devant eux un obstacle imprévu qui
les empêche de continuer...vers où ? Un torero, peureux lui, me disait un jour: "
Ecoute, quand j'arrive à la barrière, je n'ai qu'une envie, sauter par-dessus et m'enfuir
en courant sans m'arrêter jusque chez moi ". Le valet d'épée attend les toreros à la
barrière, récupère la cape de soie et leur remet celle de brega. Le paseillo se
désagrège. Un alguazil remet les clefs du toril au torilero. Un autre son de trompette
ne tarde pas à se faire entendre. C'est le signal de l'ouverture du toril.
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