|
|
Joselito, Belmonte et Domingo Ortega
|
|
|
|
|
Nous devons aller vite, avancer à grands pas, en raison du caractère concis de ce
travail. Nous devons passer de la fin du XIX° siècle aux années dix, vingt et trente du
XX°. Guerrita prend sa retraite en 1899. Guerrita prononça quelques phrases
célèbres. On lui en attribue beaucoup, presque toutes pleines d'esprit. A quelqu'un qui
lui demandait son avis sur ses camarades il répondit: "Après moi, personne et après
personne, Antonio Fuentes". Antonio Fuentes fut un continuateur de Lagartijo, mais un
ton en dessous. Peut-être peut-on comparer son élégance à celle de l'illustre cordouan.
Sa maestria de torero certainement pas. Bombita et Machaquito sont les toreros qui
jusqu'à l'arrivée de Joselito et Belmonte accaparent l'intérêt du public. Grand torero
Bombita. Grand matador Machaquito. Il remplissent de leurs exploits les premières
années de ce siècle. C'est vers 1910, que commence à résonner ce qui devait être le
glorieux surnom de Joselito, qui dans une cuadrilla d'enfants sévillans, menée par José
Garate "Limeño" et José Gómez "Gallito chico" provoque dans les ruedos des
ovations retentissantes. Il prend l'alternative en 1912. Belmonte arrive en 1912 et
devient matador de taureaux en 1913. De cette date jusqu'en 1920, année de la mort
de Joselito, s'étend la période que beaucoup considèrent comme l'âge d'or. Belmonte
se retrouve seul sans le stimulant et la compagnie de son rival. Nombreux et très
respectables sont les toreros qui alternent avec lui, mais sans arriver, pour une raison
ou pour une autre, à sa hauteur. Fin 1930, un novillero inconnu, Domingo Ortega, fait
irruption avec fracas dans l'arène de Tetuán, faubourg madrilène, puis dans celle de
Barcelone. Il prend l'alternative à Barcelone en mars 1931 avec seulement quelques
novilladas à son actif. A mon avis ce sont les trois grands, éminents maestros qui
combattent avant la radicale transformation du toreo qui survient à partir des années
40. C'est au cours de ces années que se consomment de façon apparemment
définitive, la diminution de la férocité du taureau, et l'accroissement démesuré de
l'intérêt porté au torero. Par le biais de la sélection, l'éleveur crée un type de taureau
fait comme sur mesure pour un torero qui n'a pas à se préoccuper de dominer un
fauve, mais d'exécuter avec un animal sans problèmes une série réduite de passes de
muleta sur lesquelles se concentre tout l'intérêt du public qui dédaigne toutes les autres
suertes, estocade comprise. En diminuant la férocité du taureau, la fiesta perd de son
intérêt. Elle se réduit à un spectacle brillant, coloré, qui satisfait un public avide non
d'émotions, mais d'un divertissement banal, étranger à ce que fut la fiesta de toros
fauves dont nous, les vieux aficionados avons la nostalgie parce que le souvenir de
nos jeunes années est lancinant. Soyez sans crainte, la manifestation de la nostalgie
pour les années de jeunesse évanouies ne viendra pas troubler ces pages qui ne veulent
qu'être objectives. Qu'il me soit seulement permis de dédier à Joselito à Belmonte et à
Domingo Ortega le pauvre hommage de mes éloges pour leur art, si différent chez
chacun d'eux, mais unanime dans sa magnificence. Art couplé à la maîtrise. Maîtrise
qu'éclairait la beauté sans pareille de l'authentique art de toréer, illuminé par le double
éclairage de l'émotion et de l'art.
|
|
|
|
|