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Vers glossaire
Le taureau devient plus petit et l'importance du torero grandit




Le XIX° siècle finissait. Frascuelo avait pris sa retraite en 1889. Lagartijo en 1893.
Frascuelo quitta le monde de la tauromachie dans la plus grande discrétion. Lagartijo
voulut le faire de façon exceptionnelle. Il organisa cinq corridas d'adieux qui auraient
lieu dans les arènes de Saragosse, Bilbao, Valence, Séville et Madrid. Il en serait le
seul matador. Il venait d'avoir cinquante deux ans, brûlés presque intégralement dans le
feu du monde des toreros, car à l'âge de neuf ans il entre comme
banderillero dans
une
cuadrilla d'enfants cordouans. Les cinq corridas d'adieux furent d'un excellent
rapport pour Rafael. Le résultat artistique fut si déplorable que l'on reconnut à peine
ce qui fut sa maestria passée. Les retraites de Frascuelo et de Lagartijo coïncident
avec l'arrivée fulgurante d'un torero qui avait fait son apprentissage pas à pas , de
peón
et banderillero à matador de novillos puis de taureaux comme on faisait ses"classes"
alors. Il s'appelait Rafael Guerra "Guerrita". Torero complet, dominant toutes les
suertes, connaissant tous les taureaux, orgueilleux et conscient de sa valeur. Il ne
rencontra pas d'adversaire qui puisse inquiéter son hégémonie. Un courageux sévillan,
mais gauche et vulgaire tant à la cape qu'à la muleta, Manuel García "El Espartero",
poussé par le public, eut la prétention de s'opposer à Guerrita. Le projet échoua. El
Espartero mourut à Madrid sous la corne d'un Miura
. Si cette tragédie ne se produit
pas, l'infortuné Manuel García ne serait tout de même pas arrivé à rivaliser avec la
classe de Guerrita, pas plus que n'y arriva Luis Mazzantini, gaillard arrogant, issu de la
bourgeoisie, très bon à l'épée mais torero très moyen, à l'origine d'une innovation qui
devait avoir une influence positive sur le déroulement de la
fiesta: le tirage au sort des
taureaux que chaque matador devait tuer, car jusqu'alors c'était l'éleveur qui décidait
de l'ordre de sortie de chaque animal*. Cette innovation fut possible car insensiblement
la
fiesta était en cours d'évolution, évolution commencée comme nous l'avons déjà dit
au milieu du XIX° siècle par Cúchares et poursuivie par Frascuelo et Lagartijo. Le
public commença à apprécier le début d'une petite lueur d'art qui ne brillait que
timidement et de façon intermittente, pas par la faute des toreros mais des taureaux qui
par leur dureté, la malignité de leur caractère contraignaient les toreros à être bien plus
attentifs à essayer de se défendre qu'à tenter de briller. En cette fin de XIX° siècle les
gens étaient las de cette lutte qui ne permettait que très rarement le développement
total des capacités artistiques des toreros. C'est Guerrita qui comprit le premier la
façon de satisfaire les désirs encore confus du public. Il comprit que pour les satisfaire,
il fallait un taureau plus petit, pas dans son
trapío ni sa férocité, parce que ça, le public
ne l'aurait pas accepté, mais un taureau plus jeune oui. Le taureau ne devient vraiment
adulte qu'à quatre ans. Pourquoi ne pas combattre des animaux de trois ans, bien
"cuits", bien alimentés et sélectionnés, possédant l'agressivité nécessaire, mais
dépourvus des vices et de l'intelligence que confère l'âge adulte? Dans cet ordre d'idée
le taureau devint alors plus petit et l'importance du torero grandit, celui-ci pouvant le
toréer plus à l'aise et avec plus de sérénité.





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