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Cúchares et la transformation naissante du toreo
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Le 20 mai 1818 naît à Madrid Francisco Arjona Herrera qui devait rendre célèbre et
inoubliable le surnom de Cúchares dans l'histoire de la tauromachie. Il naît à Madrid
par le hasard d'un séjour de ses parents, mais peu de mois après sa naissance ses
géniteurs retournent à Séville et c'est là que grandit Paquito près de son père, vendeur
de viandes à l'abattoir où l'on respire l'odeur des taureaux. Ce n'est pas seulement le
fait d'avoir vécu dans cette ambiance qui décida le futur Cúchares, l'âge de raison
venu, à embrasser la profession de torero Son père fut un torero raté. Torero célèbre
Curro Guillén frère de sa mère. Toreros de nombreux autres membres de sa famille,
tant paternelle que maternelle. On peut affirmer que Cúchares naît torero, non
seulement par hérédité familiale mais par la grâce de Dieu. Cúchares n'avait pas une
très grande stature, mais son personnage était doué d'agilité, de désinvolture et surtout
attirait la sympathie, cet effluve mystérieux de la sympathie tel un talisman qui ouvrirait
les plus cadenassées des portes de la vie. Il avait douze ans quand il entra à l'Ecole de
Tauromachie de Séville dirigée par Pedro Romero. C'était un enfant spirituel, drôle,
qui par sa finesse s'attire vite les faveurs des professeurs et des élèves, et démontre
vite également des qualités révélatrices de torero qu'il développe plus rapidement et
plus amplement hors de l'Ecole, une fois torero professionnel, avec beaucoup de
précocité, protégé et poussé par Juan León, alors au plus fort de sa popularité.
L'intelligence très vive de Cúchares considéra que tout l'art de toréer se réduisait à la
préparation de la mort du taureau. Cúchares ne fut pas un bon matador, à cause peut-
être de sa petite taille et il comprit qu'il lui serait difficile de rivaliser à son avantage
dans la suerte de matar. Il s'appliqua à essayer de se faire applaudir lors des autres
suertes réduites au second plan par la mise à mort. Il se propose de mettre en pratique
son amusante et célèbre phrase: "Egayer le spectacle"(alegrar a la reunión), en
introduisant la variété, la gaieté, le spectaculaire, aussi bien à la cape qu'à la muleta. Le
courage ne lui manquait pas mais il en usait à bon escient, il ne prenait pas de risques,
sauf quand c'était absolument nécessaire. C'est pour cela qu'il disait à sa femme avant
la corrida: "Ma'me Marie, que le fricot soit prêt à mon retour, car tu sais que je suis un
torero qui dit qu'il reviendra et qui revient toujours". Un après midi, alors qu'il toréait à
la muleta un spectateur lui cria:«Curro, "recevez" ce taureau !»( tuez-le taureau al
recibir* ) Cúchares répondit: "Pas question! aujourd'hui je ne reçois que le fric !". Il
avait l'habitude de dire: "Avec les taureaux il faut piger vite pour les prendre au
dépourvu". La sévère critique de l'époque l'accusa d'avoir recours à des pratiques
habiles presque illicites et le traita de tricheur. Il le fut certainement, mais il eut une
intuition géniale. Il se rendit compte que les possibilités offertes par l'art de toréer ne se
réduisaient pas à la seule préparation de la mort du taureau. Cúchares représente sans
doute l'aube de la transformation du toreo en le dépouillant de son caractère de lutte et
en lui accolant des atours qui le rapprochent d'un jeu où seraient réunis l'élégance, les
merveilles de la grâce et les splendeurs de la beauté révélées par la finesse de
l'exécution des suertes.
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* al recibir: en recevant le taureau, sans bouger, l'animal venant s'enferrer sur l'épée.
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