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Le romantisme et le toreo
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L'épanouissement de la fiesta coïncide avec l'exaltation du romantisme qui ne fut pas
seulement un style littéraire, mais aussi un style de vie. On vivait de façon romantique.
Vous me comprenez, car ce n'est pas le moment de nous arrêter à considérer en quoi
consistait le style de vie romantique. J'ai dans l'idée que la contagion et l'influence du
romantisme furent une grande chance pour la "fiesta". Le toreo était une aventure au
cours de laquelle on pouvait perdre la vie et conquérir la gloire. Gloire est un mot
purement romantique, il comprend toute la convoitise humaine pour la notoriété,
l'avidité de richesse, l'envie de la flatterie, et l'admiration populaire. Le torero
recherchait tout cela, non pour le garder, mais pour le dilapider. Le torero vivait en
héros, non seulement dans les ruedos, mais aussi hors des arènes. Le torero n'avait
pas de vie privée, il se donnait toujours en spectacle. Il aimait faire voir les parures de
ses beaux habits, épater par son élégance, jouer au dur. Don Juan avec les femmes et
le Cid avec les taureaux. Si un torero se promenait dans la rue, tous les yeux étaient
fixés sur lui. C'était un être à part. C'était un homme éblouissant des reflets de la
légende. C'était un être fabuleux qui gagnait sa vie en jouant avec la mort. Je parle au
passé car rien ne nous éloigne plus du romantisme que la vie actuelle et, par
conséquent l'évolution du style de vie devait obligatoirement atteindre la fiesta et par là
même les toreros. Les risques de la profession de torero, grâce aux progrès de la
chirurgie, à la diminution de la force du taureau et à la moindre cruauté des publics sont
bien moins grands que ceux d'autrefois et donc l'auréole héroïque du torero a pâli en
perdant de son éclat. De nos jours peu de toreros arrivent à atteindre une large et
intense popularité. Dépouillés de l'attrait éblouissant de l'habit de lumières, ils se
confondent dans la rue à la foule des anonymes. Hors des ruedos ce ne sont plus des
toreros. Leur allure et leurs habitudes ressemblent à celles d'un quelconque fils à papa.
Leur vie privée est bourgeoise et sans histoire, et non tumultueuse et un peu folle
comme celle de leurs ancêtres romantiques fanfarons orgueilleux de leur élégance. Le
guide de vie des toreros romantiques ce fut le masque de la gloire. Aujourd'hui c'est
l'ambition mercantile, tendance et objectif de notre époque. Et, cependant, le torero vit
encore sous l'impulsion inconsciente des derniers effluves du romantisme qui survit
dans les chatoiements de la légende toujours bien enracinée dans l'esprit des foules.
Les toreros ne succombent plus, leur vie brisée par la corne d'un taureau, avec la
fréquence terrifiante d'autrefois, mais le risque de blessure est toujours présent dans les
corridas et la possibilité de tragédie évidente. Il serait inutile et peu pertinent de faire
sonner à la volée les cloches de la nostalgie en se lamentant de la disparition du
pittoresque qui mourut avec le romantisme. Cette affirmation est peut-être exagérée.
Le pittoresque est peut-être latent bien qu'ayant évolué. Ce qui est sûr à mon avis c'est
que le romantisme a joué un grand rôle dans la construction de la fiesta.
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