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Le toreo s'organise
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Il faut attendre la fin de l'invasion napoléonienne pour que le toreo devienne un
spectacle régulier, soumis à des règles sur lesquelles ceux que nous considérons
comme les piliers de l'art de toréer fondèrent leur travail. Pedro Romero, Costillares,
Pepe Hillo. Dans les dernières années du XVIII° siècle Godoy (1) avait supprimé les
corridas. La colossale avalanche napoléonienne fait irruption en Espagne. Napoléon
dépose les Bourbons et installe son frère Joseph sur le trône. Le peuple se soulève et
se lance dans une guerre d'indépendance. Il triomphe. Ferdinand VII retrouve son
trône et ce roi accepte et encourage le développement des corridas que Joseph
Bonaparte protégea pour s'attirer les bonnes grâces du pays où il était tant haï.
Ferdinand VII crée l'école de tauromachie de Séville, institution qui lui valut
d'innombrables critiques inspirées et encouragées par la haine politique. Cette école,
dirigée par Pedro Romero déjà âgé, mais pas valétudinaire, survécut peu de temps, en
dépit de la classe, des connaissances taurines et de l'enthousiasme de son directeur et
ne contribua que très peu au progrès et au développement de la fiesta. Il est vrai que
l'incontestable maestro que fut Francisco Montes, Paquiro, en fut élève, mais il est
certain aussi que même s'il n'était pas passé entre les mains de Pedro Romero,
Francisco Montes serait arrivé à être ce qu'il fut, le plus grand et le plus notoire
organisateur des corridas telles qu'elles nous sont parvenues, sans autres changements
que ceux imposés par l'évolution des temps. On peut dire de Paquiro qu'il s'impose
comme le dictateur de la tauromachie, qui souffre encore d'une organisation quelque
peu chaotique. Paquiro, comme tout bon dictateur, commence par réprimer le
désordre. Une fois ce but atteint, avec les moyens appropriés il se consacre à
l'épanouissement de son art, inné chez lui, même s'il ne fut pas précoce. Il avait environ
vingt-cinq ans quand sa renommée commence à avoir de l'écho dans l'univers de la
tauromachie. Et il atteint la suprématie qu'il conserve jusqu'à sa retraite qui intervient
pour des raisons confuses et quelque peu romanesques, les amertumes et déboires de
sa vie privée n'y étant pas étrangers. Ce fut un torero de la plus haute importance,
dominant toutes les suertes du toreo qu'il modifie et perfectionne. Il transcrit ses
amples connaissances dans sa "Tauromachie", laquelle a encore de l'influence
aujourd'hui et qui suit celle publiée par Pepe Hillo, mais son plus grand succès fut peut-
être l'instauration de l'ordre et la structuration des trois tercios du combat, devenus
depuis lors inaltérables. Son pouvoir créateur et organisateur trouve sa démonstration
dans sa conception originale de l'art de toréer, que Pedro Romero fondait sur
l'estocade. N'oublions pas que déjà Costillares, Pepe Hillo et d'autres aussi
s'écartèrent quelque peu de cette conception, mais c'est Paquiro qui octroie de façon
définitive pareille importance aux autres suertes tant de cape, que de banderilles et de
muleta. C'est sur son intelligence, sur son bon goût, ses qualités physiques qu'il
s'appuya pour atteindre son but. Ce n'est pas pour rien que José Ortega y Gasset,
pensant à une étude, malheureusement jamais entreprise, au sujet de la corrida désirait
l'intituler "Paquiro ou l'art de toréer".
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1) Godoy (Alvarez de Faria-Manuel) 1767-1853: ministre de Charles IV et amant de la reine
Marie Louise.
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