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La transformation de la fiesta
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Ah ! mes amis comme il m'en coûte d'affirmer que les plus grandes responsables à
partir des années 40 de la transformation radicale de la fiesta ce sont les femmes !
Ces diables de femmes ! Elles sont adorables, mais aussi adorables qu'intrigantes,
surtout depuis qu'elles ont conquis une totale liberté de mouvements, longtemps
restreints par des préjugés et des conventionnalismes. La liberté conquise leur permit
de travailler comme des bêtes pour toutes sortes d'emplois dans lesquels elles se
lancèrent telles des sauvages, y compris dans ceux les plus étrangers à leur nature. Et
ça ne s'est pas arrêté là ! Avec les quatre sous qu'elles gagnent elles n'en font qu'à leur
tête, après tout c'est pour ça qu'elles les gagnent. Elles ne restent plus à la maison pour
tirer l'aiguille, puisse le diable leur aiguillonner les fesses! Ce n'est pas pour rien qu'elles
ont pris l'habitude de mettre des pantalons. Et voilà nos nouveaux hommes se mêlant
de tout, s'introduisant partout y compris là où elles n'ont rien à faire. L'utilisation du
matelas protecteur en a fini avec les aspects les plus cruels de la corrida. Les blessures
et la mort des chevaux. La diminution de la férocité des taureaux ajoutée à celle de la
fréquence des blessures des toreros, ont fait que les femmes se sont introduites dans
les arènes comme partout ailleurs et comme chez elles, et elles vont aux corridas, non
plus accompagnées de leur fiancé ou mari, parents ou amis, mais en groupe, et si
l'occasion s'en présente, seules, et comme ce n'est pas l'afición taurine qui les attire
mais le goût pour l'amusement à n'importe quel prix, elles ont commencé à acclamer
les toreros qui donnaient dans le spectaculaire et non dans l'art classique de toréer, et
comme là où vont les femmes les hommes les suivent, pareillement peu attirés par le
véritable art du toreo, il advint que comme ils constituaient la majorité du public ils
s'imposèrent à la minorité; exactement le contraire de ce qui se produisait autrefois, la
minorité de connaisseurs régissant la fiesta. De nos jours, ces vrais aficionados sont
dans leurs petits souliers; ils n'osent même pas ouvrir la bouche parce
qu'immédiatement une belle gamine leur reproche: " Taisez-vous, vieux croûton, nous,
on est venues ici pour s'amuser et demander l'oreille ". Peu importe comment sont le
taureau et le torero. Ce qui les intéresse, c'est un taureau qui se laisse faire des passes
tape à l'oeil et qui mourra au premier coup d'épée pour ne pas enquiquiner le monde.
Cela permet d'expliquer en grande partie le pourquoi d'une transformation aussi
radicale de la fiesta, et que la fiesta soit passée du sérieux, du dur, de l'impétueux, de
l'émouvant, à un spectacle coloré, superficiel, banal, qui conserve en son sein la
possibilité d'un épisode sanglant. A la corrida, les femmes aujourd'hui ne crient plus
d'angoisse, mais de plaisir devant les pirouettes des toreros. Pendant la corrida, elles
rient, fument, boivent de la bière, mangent des chocolats glacés. Et qui dit les femmes
dit les hommes, qui se joignent à la "foire" pas comme autrefois, vibrants d'émotion
devant la témérité du torero ou s'adonnant au chahut lors des mauvaises faenas, mais
pour le plaisir de crier et d'applaudir pour faire du bruit. C'est peut-être amusant, mais
cela n'a évidemment rien à voir avec la vraie fiesta de toros.
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