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La suerte des banderilles
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J'ai connu et admiré de grands banderilleros: Antonio Fuentes, Quinito, Gaona,
Joselito, Pepe Bienvenida et quelque autre dont le nom ne me revient pas à l'esprit, et
Magritas, Morenito de Valencia, entre autres subalternes, pour ne citer que ceux qui
ont disparu. Il y a maintenant bien des années que n'est apparu aucun grand
banderillero. Mais la suerte n'en est pas aussi décadente que celle de cape pour
autant, bien qu'on ne puisse affirmer que son essor soit particulièrement brillant. Un de
mes amis soutient que l'on devrait toiser les aspirants toreros, et que ceux qui
n'atteindraient pas la taille normale d'un homme bien constitué soient réformés comme
à l'armée. Mais ce n'est pas tout. Cette allure devrait être élégante, gracieuse, aux
lignes proportionnées, disons quelque chose comme un Apollon grec. Et que l'on
envoie planter des haricots quiconque ne ressemblerait pas à cela. Si l'on imposait ce
test, je doute fort que puissent revêtir l'habit de lumières suffisamment d'hommes pour
former trois cuadrillas complètes; mais il faut bien reconnaître qu'une aussi stricte
exigence n'est pas totalement exagérée. Un torero ayant mauvaise apparence ne
pourra que très rarement être un bon torero. En outre, l'habit de lumières est une
parure qui n'est pas piquée des vers. J'ai connu des toreros qui dans la rue étaient de
vrais figures de mode et une horreur revêtus de l'habit de lumières. J'ai connu aussi de
véritables Apollons grecs qui en toréant devenaient des personnages de carnaval. Non,
je vous le dis, la profession de torero est loin d'être d'une simplicité totale. A la cape et
à la muleta un homme mal fait, mais de bon goût peut dissimuler ses défauts physiques.
A corps découvert, banderilles en main, rien à faire, même s'il domine la technique à la
perfection, il ne pourra être un grand banderillero. On a comparé la suerte de
banderilles à un pas de danse, à une danse torera. Il n'en est rien. Il est certain que le
banderillero a besoin d'avoir du rythme, de l'harmonie, de la grâce dans ses
mouvements, qualités qui ne peuvent faire défaut dans aucune autre suerte du toreo, et
encore moins dans celle des banderilles, seule à être exécutée à corps découvert. Les
grands banderilleros que j'ai mentionnés plus haut, préparaient eux mêmes la suerte,
laissant le taureau à l'endroit adéquat. Et une fois qu'ils l'avaient fait, ils s'éloignaient de
lui, le provoquaient du corps et des bras levés, pas en sautant comme on en a pris la
mauvaise habitude aujourd'hui. Le taureau immobile, ils allaient à sa rencontre, d'abord
pas à pas. Quel charme dans l'allure ! Quelle harmonie dans les bras levés ! Quel
rythme que celui du corps qui se déplaçait alternativement dans un sens et dans l'autre
! A distance satisfaisante, la marche se transforme en course. Attention ! Une course
tempérée, pas trop rapide. Avec les taureaux tout doit être fait avec temple. En
arrivant à la tête du taureau le cuarteo doit lui aussi être mesuré. Les bras doivent
alors se mettre en mouvement de bas en haut, la taille souple, la "sortie" élégante, le jeu
final brisant avec justesse les charges du taureau. Comme on le comprend aisément,
tout cela n'est pas facile à réaliser, mais quand on y arrive, la beauté de la suerte des
banderilles soulève l'enthousiasme.
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