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Vers glossaire
L'apparition du toreo à pied





La fiesta du toreo à cheval ne mourut pas soudainement à cause de la froideur que
lui avait manifestée le roi Philippe V. Elle s'affaiblit lentement, abandonnée par la
noblesse, principal appui de sa grandeur et de son faste. Comment remplacer les
chevaliers qui, fidèles courtisans, se désintéressent de réjouissances qui déplaisent au
monarque ? Ils ne pouvaient être remplacés par une bourgeoisie quasiment inexistante
et de surcroît dépourvue des moyens financiers indispensables au coûteux entretien
d'aussi luxueux atours dont les nobles faisaient ostentation et qui constituaient la partie
essentielle du spectacle. La fiesta allait vers le peuple. Au rejoneo qui s'impose et
atteint son apogée au XVII° siècle en remplacement de la lance primitive, succède la
pique longue qui est plus ou moins celle qu'utilisent actuellement les picadors. Les
picadors qui sont maintenant des salariés appartenant au bas peuple. Ce sont eux qui
recueillent la direction de la fiesta quand le "rejoneo" décline au point de presque
disparaître. Mais à côté des picadors apparaissent les toreros à pied, présents déjà
lors du toreo à cheval, pour des tâches secondaires, toujours dans le but d'aider les
rejoneadores. Le torero à pied se situe à côté de celui à cheval et l'intervention
conjointe des cavaliers et des piétons a la faveur des goûts du public. Le toreo à pied
est originaire de la Navarre. Ce n'est pas un art, mais un exercice gymnastique d'agilité
et de force destiné à tromper les charges du taureau, de façon lourde et violente. Il
s'éloigne rapidement des pentes pyrénéennes. Il s'étend très vite vers le sud et atteint
l'Andalousie, indubitable berceau des chevaliers toréadors. Et que se passe-t-il en
Andalousie ? Ce qui devait arriver, à savoir que l'agilité et la force, la lourdeur et la
violence s'estompent, laissant place à la décontraction des mouvements accompagnés
de grâce, d'aisance, d'élégance, qualités innées chez les andalous qui supplantent les
nordistes et éblouissent les spectateurs, habitués à la rudesse d'une lutte émouvante
bien sûr mais dépourvue de toute recherche artistique. Attention, je ne veux dire en
aucune façon que le toreo à pied devient en Andalousie, comme par enchantement, art
de toréer. Non. Il continue à être un combat sanguinaire, toujours soumis à des règles
embryonnaires qui n'ont pour but que la mise à mort du taureau le plus rapidement et le
plus sûrement possible. C'est dans la première moitié du XVIII° siècle que se
développent les débuts du toreo à pied. Dans la seconde moitié le combat s'organise
avec des règles solides: cuadrillas formées de picadors, de banderilleros et de
matadors. On a maintenant oublié les chevaliers rejoneadores. On se passionne
d'abord pour les picadors et ensuite pour les matadors. Le plus célèbre picador du
XVIII° siècle est José Daza, fabuleux bonhomme, auteur d'un livre racontant quelques
unes de ses aventures taurines qui, d'après lui, commencèrent avant sa naissance, sa
mère poursuivant des taureaux dans les champs alors qu'elle le portait dans son
ventre.




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