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Vers glossaire
Le toreo à cheval






Je suis un amoureux du passé, pas d'un passé proche, mais du passé des siècles
reculés. Les fameuses balivernes de la civilisation ne m'impressionnent pas. La
possibilité d'aller à New York en trois ou quatre heures, de manger du colin congelé et
d'avoir de l'eau chaude rien qu'en ouvrant un robinet et autres commodités de ce type
dont on dit que nous jouissons aujourd'hui, tout cela me laisse indifférent. J'échangerais
avec grand plaisir tout, absolument tout de cette vie vulgaire qui est la nôtre contre le
fait d'être né à un quelconque autre siècle que le XX°. Disons le XVII° et je choisis ce
siècle parce que c'est à ce moment là que resplendit l'art de toréer à cheval; art à
l'origine des corridas. Les fiestas de toros au XVII° ! Si seulement je pouvais les
avoir vues ! La noblesse, la haute noblesse en était protagoniste, dilapidant ses
richesses dans le luxe et la splendeur des équipes de chevaliers porteurs de lances,
soumis à des règles très strictes et très sévères dans leur mission de maîtriser et de tuer
les taureaux à la lance dans un premier temps et plus tard au rejón
. Pâle imitation que
notre fiesta d'aujourd'hui en comparaison avec ces éblouissantes attitudes ou avec
pareille manifestation de l'élégance du bon goût ! Comme il était loin le mercantilisme
qui dévore aujourd'hui ceux qui participent aux combats des taureaux ! Les nobles
chevaliers risquaient leur vie, pour leur plaisir, poussés par l'ambition de conquérir les
beaux yeux d'une femme témoins de leurs démonstrations viriles. Le toreo à cheval
des XV°, XVI°, XVII° siècles fut l'épanouissement d'un concept romantique de la vie
mis en pratique avec l'assentiment général, depuis le roi jusqu'au plus démuni des
plébéiens. Les monarques de la maison d'Autriche furent les promoteurs du toreo à
cheval. C'est Philippe V, premier roi de la maison de Bourbon, éduqué à la cour de
Versailles, si étrangère à nos coutumes, qui causa sa perte, manifestant une totale
répugnance pour la fiesta taurine dès qu'il y assista pour la première fois. Elle était bien
enracinée dans les goûts de la noblesse et du peuple, mais cela n'empêcha pas que la
répugnance du roi ait une influence capitale sur l'esprit des courtisans, prosélytes
aveugles de l'opinion royale, et le "toreo" à cheval meurt d'un coup de lance verbal
bien ajusté de Philippe V.
Un livre à la main, j'ai souvent laissé libre cours à mon imagination. Et en un instant
mon imagination me transportait au XVII° siècle et m'installait à un balcon de la Plaza
Mayor de Madrid un jour de fêtes royales au temps des parades des chevaliers
toréadors, parés eux comme leurs serviteurs et leurs montures des plus riches et
superbes atours et équipements. Et la Plaza Mayor, remplie de jolies femmes
s'illuminait de vives couleurs. Mes yeux étaient ébahis par tant d'élégance. De toute
part mes yeux éblouis parcouraient ces merveilles fantastiques, merveilles qui
s'évanouissaient bientôt, dispersées par les murs de ma résidence bourgeoise du XX°
siècle, de ce siècle dont de petites gens s'enorgueillissent tant, tout cela parce qu'ils
possèdent la télévision et une petite auto. Je renoncerais à tous les prodigieux progrès
de notre civilisation, rien que pour avoir assisté à une fête royale du XVII° siècle.



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