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L'Encierro




Lors de presque toutes les tâches que l'on réalise avec les taureaux dans la campagne
on entend des clarines. La clarine est un instrument de musique rustique. Je n'ai jamais
entendu dire qu'un compositeur l'ait un jour utilisée. Il ne sait pas ce qu'il perd. Utilisée
bien à propos elle résonnerait comme un écho tremblant de la poésie champêtre. Une
clarine dans la campagne c'est comme la voix de l'air. On pourrait dire que c'est le
soupir du silence, l'expression d'une angoisse ou d'un voeu d'un être solitaire et
sensible. Pour les taureaux, c'est la musique qui les égaient ou l'appel qui les rassemble,
le guide qui les conduit. Et parfois c'est l'augure de leur mort. C'est ce qui se produit
lorsque la parade des cabestros se met en route à la recherche des six taureaux
séparés pour la corrida. Les six taureaux se trouvent dans un enclos à part. Soudain
résonne le son suavement rauque des clarines. Les six taureaux ne se troublent pas.
Les cabestros arrivent et avec eux trois ou quatre cavaliers. Les six taureaux sont
inquiets des manoeuvres des cabestros excités par les voix des garçons vachers,
manoeuvres destinées à les encercler. La porte de l'enclos s'ouvre. Le cortège taurin
sort. Les clarines gigotent accrochées au cou des cabestros .C'est l'adieu des champs
aux taureaux qui vont vers la mort. Les cavaliers sont attentifs à toute tentative de fuite
d'un taureau méfiant ou rebelle. Quand ils approchent du goulet, c'est le point
culminant de l'encierro. Les cabestros obéissant aux ordres s'élancent au galop. Les
taureaux se précipitent impétueux vers un emprisonnement dont ils ne sortiront plus.
Un nuage de poussière ressemble au mouchoir de leur adieu à la liberté. Ils pénètrent
dans une cour où ils se calment et se reposent. Leur tranquillité ne dure pas. Un
camion, prison cellulaire divisée en six cachots attend les infortunés condamnés à mort.
Commence alors un jeu d'escamotage. La facilité avec laquelle on enferme un taureau
dans la très réduite enceinte d'une caisse est incroyable. Le taureau passe par divers
cagibis au moyen d'ouverture et de fermeture de portes qu'il franchit dans son désir de
retrouver sa liberté et après la dernière mystification, il se retrouve prisonnier de
l'étroitesse de la caisse du camion. A quoi donc lui servent sa force formidable, sa
terrible puissance, sa férocité apparemment indomptable ! A rien ! Les ruses de
l'homme ont raison de lui. L'encierro est beau à voir jusqu'au moment où les taureaux
entrent dans le corral. L'image est pittoresque et suggestive. Le reste de l'opération est
déprimant et cruel. Celui qui y assiste devient partisan du taureau, cela accroît notre
admiration pour lui. Parfois lorsqu'un taureau ne se résigne pas à accepter la ruse des
jeux de portes, on a envie que sa puissance les détruise et qu'il retrouve sa noblesse
dans les champs. Mais notre voeu ne se réalise jamais. Le taureau est lié à son destin.
Mourir avant d'avoir atteint la plénitude de sa vie.




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