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Les premières arènes
Tant que les fiestas de toros furent une réjouissance principalement chevaleresque
que l'on célébrait de Noël jusqu'au dimanche des rameaux pour fêter un événement heureux, l'enceinte de la lutte taurine se réduisait soit à une rue suffisamment grande, soit à une grande place, que l'on aménageait en fermant ses accès et en élevant des échafaudages et des tribunes pour installer les spectateurs avec un peu de confort. C'était coûteux et peu pratique, car le confort était très incertain et la sécurité des tribunes très aléatoire. A l'époque de Philippe III le roi a l'idée d'ordonner la construction d'une grande place à Madrid. Sa majesté Philippe eut de la chance. Son architecte, Gómez Mora, fait construire une enceinte d'une grande beauté et aménage la place pour pouvoir y célébrer la fiesta. Par bonheur la Plaza Mayor madrilène a survécu jusqu'à nos jours sans altération majeure de son aspect premier. Les documents imagés qui nous la montrent transformée en scène de jeux où entrent en compétition les démonstrations de luxe et les élans de hardiesse ne manquent pas. Combien de fois en m'y promenant à notre époque où même le luxe est vulgaire, je m'imaginais tout cela recouvert d'un faste baroque, d'une débauche de soies, de brocarts et de velours multicolores ! Je me la représentais, par exemple, en un de ces jours les plus glorieux de ses fastes, le 4 mai 1623. Le prince de Galles était venu à Madrid convenir de son mariage avec l'Infante doña María, soeur de Philippe IV. En son honneur la Plaza Mayor était le jardin de la vanité de la cour. J'ai dans l'idée qu'au cours de la réception la démonstration chevaleresque taurine du rejoneo ne fut pas le plus important. J'imagine que tous les yeux et tous les esprits devaient être accaparés par l'enchantement du luxe fou qui s'y entassait. Mais il est difficile d'entretenir tant de choses somptueuses. Nous savons bien que peu à peu elle abandonna son élan dispendieux et que, en passant de la noblesse au peuple, si la passion pour la fiesta de toros augmenta quantitativement, elle perdit de sa grandeur. La splendeur ne fut qu'un souvenir. Interviennent alors dans la réussite de la fiesta des personnes qui cherchent à la promouvoir à des fins utilitaires. Il devient nécessaire de disposer d'endroits fixes et permanents pour sa célébration. Alors naissent les premières arènes construites ex professo. Les toutes premières sont en bois. La Real Maestranza de Séville était propriétaire de l'une d'elle aux environs de 1707, arène située sur l'emplacement de l'actuelle et qui servit jusqu'en 1733, année où une tempête la détruit. On en érige une autre, en bois également qui atteint l'année 1761, au cours de laquelle on construit celle qui modifiée par la suite est arrivée indemne dans sa beauté jusqu'à nos jours. A Madrid en 1743, on élève une arène en bois à l'endroit même -aux alentours de la Puerta de Alcalá- où plus tard, en 1754 on construira celle qui survécut plus d'un siècle. Celle de Ronda, très jolie, est de 1785 et grâce à dieu encore en service; c'est un plaisir des yeux que d'assister dans cette arène à quelque festivité. De la fin du XVIII° siècle sont aussi celle de Aranjuez, copie en modèle réduit de celle de la Puerta de Alcalá à Madrid et qui elle aussi est intacte, et celles de Saragosse, Valence, Cadix et Puerto de Santa María qui furent démolies, pour en reconstruire d'autres au même endroit. Le XIX° siècle assistera à la prolifération de nombreuses autres arènes. |