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Le meilleur banderillero est celui qui a le moins besoin du peón



Le tercio des banderilles est très important pour tout ce qui touche au taureau. Il
faut observer dans quel état il est sorti de la suerte de varas, pour ne pas l'épuiser
plus. Cela mis à part, on recherchait avec les banderilles ou instruments vivifiants, à le
rafraîchir un peu, parce que la suerte de varas, même bien exécutée est épuisante,
non seulement à cause du châtiment infligé par la pique, mais aussi en raison du
soulèvement répété du cheval, auquel il faut ajouter aujourd'hui, la lutte contre le
caparaçon et sa solide armature. La majorité des peones ne voient pas les choses
comme ça. Lorsque la trompette annonce les banderilles, comme si elle sonnait la
charge, nous nous trouvons avec des peones dans toute leur virulence. Un toreo en
commandite. Toutes les normes du combat foulées au pied. Où voulez-vous le taureau,
monsieur le banderillero? Le banderillero qui a besoin qu'on lui place le taureau,
comme s'il allait porter l'estocade, n'est pas un banderillero. Il peut placer des
banderilles, mais il n'est pas banderillero. Le meilleur banderillero est celui qui a le
moins besoin qu'on lui place le taureau, qui économise les passes de cape et ne sort
jamais "en faux" si ce n'est en cas de danger imminent; c'est celui qui sait "trouver" le
taureau dans tous les terrains. Nous avons dit que Montes ramena El Chiclanero au
marche pied pour être "sorti en faux". Pour qu'elle raison tant de passes de cape pour
cadrer un taureau au moment des banderilles? Ne va-t-il pas bouger, courir et changer
de terrain, dès qu'on le provoquera jusqu'à ce que l'on cloue les banderilles? Qu'il
s'agisse des banderilles al sesgo quand le taureau s'est réfugié près de la barrière, de
poder a poder s'il arrive en démarrant très vite, au cuarteo s'il est franc et a peu de
pattes, ou au demi-tour, recours parfaitement licite avec les taureaux qu'on ne peut
banderiller de face; quel que soit l'état du taureau, dans quelque terrain qu'il se trouve,
on peut le banderiller, sans lui donner la nausée à coups de cape, si ce n'est dans les
cas exceptionnels qui nécessitent châtiment. De la sorte, on ne fatigue pas les taureaux,
on ne les rend pas vicieux, on n'ennuie pas le public plus qu'il ne s'est déjà ennuyé au
moment des piques et on n'ajoute pas de difficultés supplémentaires pour le matador
qui en a déjà assez comme cela. Une fois que le banderillero a accompli sa tâche, s'il
est poursuivi ou en mauvaise posture, la cape, qui est faite pour ça, doit intervenir à la
sortie et à distance convenable pour arriver à temps, mais sans déranger. Si le torero
part par son terrain et le taureau par le sien, la cape alors n'a pas à intervenir, ce n'est
pas nécessaire, on laisse courir le taureau et, là où il s'arrête et fait face, se présente un
autre banderillero, qui pose une autre paire sans la moindre passe de cape. Ne
perdons pas de vue que dans cette suerte les vices accumulés lors du premier tercio
et à cause du combat peu soigné, font que les taureaux deviennent incertains et
méfiants, commencent à se défendre et à relever la tête, ce qui n'est pas bon pour le
matador.
La suerte de banderilles est un passage entre la suerte des piques et celle de
matar, fondamentales dans le combat d'un taureau. C'est une suerte plus de fioritures
qu'efficace, elle est agile, gracieuse, légère, très variée et artistique. Jusqu'à ce moment
là, le combattant s'est protégé avec une cape et le picador avec son cheval. Quand il
se présente à corps découvert muni d'une paire de banderilles, qu'il défie le taureau,
s'offrant à lui sans défense, il a deux solutions: le tromper courageusement à même la
tête, quand le taureau, sûr de sa prise, lui envoie le coup de corne, ou fuir poursuivi. Le
plus grand mérite dans cette suerte, comme dans toutes celles du toreo réside dans la
brièveté, la propreté et la lenteur au moment de la rencontre. Le meilleur banderillero,
sans aucun doute possible, est celui qui a le moins besoin du peón. C'est être un
mauvais banderillero que de bien "clouer" après avoir étourdi le taureau à coups de
passes de cape ou après être " sorti plusieurs fois en faux". C'est ainsi que dans les
tauromachies et les règlements, on fixait un délai pour que le banderillero maladroit
cède sa place. « Quel que soit son état et en quelque lieu que ce soit, il y a toujours un
taureau pour un bon banderillero.» Disait Cúchares. C'est précisément cela qui fit le
succès de Guerrita et de lui un banderillero exceptionnel. Quand Guerrita apparut,
le public et la critique le remarquèrent et lui consacrèrent autant d'attention qu'à un
matador de taureaux. Une chronique de l'époque raconte - 1883 - : « Le public
ennuyé, l'aficionado impatienté par tant de "sorties en faux" imputées plus aux
caractéristiques des taureaux qu'au manque d'habileté et d'honneur professionnel des
combattants, Guerrita nous a démontré bien des après midis, toujours et en toute
occasion comment le taureau est esclave du courage, comment les plus grandes
difficultés sont vaincues par l'adresse, comment enfin "il y a toujours un taureau", là où
il y a courage jumelé à l'art. Il prend les banderilles - on parle toujours du banderillero
Guerrita
- et s'avance en direction du fauve; son attitude montre prestance et
décision, son allure est élégante, sa façon de marcher délicate, correcte sa façon de
provoquer le taureau. Quand l'animal se fixe, Guerrita fait alors un pas et puis deux ou
trois de plus, et raccourcit ainsi peu à peu les distances, à tel point que seul un trait de
courage permet de les franchir. Le taureau démarre, rapide, furieux, sûr de son affaire;
le garçon attend et se jette sur le terrible front de l'animal ayant à peine perdu un pas
de sa position précédente. Le spectateur remarque comment le jeune banderillero
bouge à peine les pieds quand se termine la suerte, car l'attaque a été si rapide, le
point central de son exécution si bien pensé et mis en place, que taureau et combattant
retrouvent leur terrain respectif après la pose des banderilles sur les cornes saillantes.
A cette suerte, que l'on peut appeler cuarteo ajusté de très près, en attendant
(permettons-nous cette nouveauté) ou de face, il ne manque qu'un pas pour le vrai
cambio. Guerrita a utilisé le cambio lors de deux après midis et son premier essai fut
un prodige de beauté. Si El Gordo s'était trouvé dans le ruedo il lui aurait serré la
main. Ces essais, disait cet après midi là un écrivain dramatique, sont les préliminaires
d'une grande oeuvre théâtrale.»
Un jugement de Lagartijo qui fut celui qui s'approcha le plus des cornes des
taureaux banderilles en main, donne une idée des terrains que foulait Guerrita avec
tous les taureaux.
« Guerrita me plaît - disait Lagartijo - pour son art et son courage; il peut être
confiant, mais j'ai peur pour lui avec ces taureaux qui allongent le cou, car le diestro
pour aussi bon que soit son coup d'oeil, juge mal les distances.» A mon époque, j'ai
entendu un témoignage direct par la bouche de Valentín Martín. Les anciens et les
nouveaux aficionados qui ont cherché à se documenter pour ne pas être totalement
perdus dans l'arène, savent que Valentín Martín était banderillero de Frascuelo.
Valentín, dans sa réunion d'aficionados au Café Universal, avec Vicente Pastor,
racontait que quand Guerrita commença à banderiller, lui Valentín perdit les pédales.
Banderillero très sûr, les taureaux commencèrent à le prendre. Frascuelo qui s'en
rendit compte lui dit un jour: « Toi, je vais te retirer les banderilles parce que tu vas te
faire tuer par un taureau à cause de Guerrita.» Et Valentín, le regard perdu dans ses
souvenirs ajoutait: « C'était vrai, cette façon qu'avait Guerrita d'arrêter les taureaux
dans tous les terrains était mon obsession. Quelle façon de banderiller! Ça c'était un
banderillero
Guerrita conservait un télégramme de Fernando El Gallo, son premier contrat en
règle. Le télégramme disait ceci: « Rafael Guerra, Cordoue. Dites-moi si vous êtes
d'accord pour toréer avec moi, toutes les corridas pour lesquelles j'aurai des contrats.
Dites-le à Bocanegra. J'attends réponse par télégramme. Je vous attends dimanche à
Madrid. Signé: Gallito.» Avant de prendre l'alternative, alors que Guerrita était
encore le banderillero de Lagatijo, il alterna aux banderilles à Madrid avec son
maestro et ils toréèrent al alimón l'après midi du 12 mai 1887. Croyez-vous que
Guerrita n'était pas quelqu'un d'important banderilles en mains?
Nous nous sommes étendus sur le cas de Guerrita, banderillero, pour donner un
exemple type de ce qu'est un banderillero. Nous n'ignorons pas qu'il s'agit d'un cas
exceptionnel; c'est pour cela que de banderillero il arriva à ce qu'il fut. Cela renforce
notre opinion pour affirmer que le banderillero, en tant que torero, n'est pas un
second "couteau" qui fait des fioritures au taureau en dépit du bon sens, lui clouant sur
le dos, des bâtons de couleur. Le banderillero est un grand combattant ou il n'est rien.
Aussi grand combattant et torero que le matador dont il se différencie uniquement par
le fait que l'un tue le taureau et l'autre pas, même si parfois on peut avoir des doutes et
se demander si c'est bien, le matador qui a tué le taureau. Lagartijo et Don Luis
tuèrent beaucoup de taureaux grâce à Juan Molina et Tomás Mazzantini.

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